Monsieur Slim, le docteur Hannibal des cannibales 

Si Mandalay n’a selon nous revêtu qu’un intérêt très limité, la dernière étape de notre voyage birman fut le théâtre d’une rencontre bien singulière.

« Where are you from ? » C’est par cette question aussi redondante qu’irritante, à laquelle nous avions déjà répondu 100 fois, que l’intriguant Monsieur Slim accrocha notre regard. Longyi (sorte de kilt birman) ajusté, sourire timide, raie sur le côté, le pharmacien de profession exposa dans un anglais aussi clair que limpide, la cause de sa présence sur l’un des stands de l’immense Zagyo Market de Mandalay. Une histoire assez géniale, faite de troc de ce que ce Birman de 59 ans concoctait dans les éprouvettes de son officine, et d’artisanat de la tribu Naga. Suffisamment tentant pour inviter celui qui s’était maints fois rendu chez les derniers chasseurs de tête, à s’attabler autour d’une tasse de thé noir.

Après s’être brièvement épanché sur la culture de cette communauté de 2,5 millions de personnes répartie en 30 tribus sur deux continents (Asie et Amérique du Sud), ayant initialement pris ses quartier au Nagaland (sur la frontière indo-birmane), le Birman de 59 ans est revenu sur les premiers contacts noués avec le peuple cannibale (il le fut jusqu’en 1991, avant de se soumettre à la législation birmane).

« C’est par l’intermédiaire d’une autre tribu, les Shen, que j’ai réussi à me rapprocher d’un aristocrate Naga. Ils n’ont pas de monnaie, et leur système économique repose sur le troc, et le bétail. Si je n’avais pas été introduit là-bas, j’aurais pu être tué. Les étrangers ont souvent été considérés comme des ennemis, des intrus. Et leurs ennemis, ils les tuent, mangent leur peau et leur chair, et gardent leurs têtes en guise de trophée et d’avertissement. Pour eux, c’est aussi une sorte de fierté. »

Un Saint-Graal assez glauque, ayant poussé le gouvernement birman à contrôler leurs pratique. Sans pour autant faire preuve d’ingérence, et pour cause.

« Il existe des accords spéciaux entre l’Inde, la Birmanie et les Nations Unies pour protéger leur culture, qui d’ailleurs se perd dans certains endroits comme entre le Venezuela et le Brésil, ou le Secours Catholique est allé évangéliser certaines de leurs tribus comme les Yanomamis. »

naga

photo tourismnagaland.com

Les Nagas, eux, semblent suffisamment craints pour jouir de toutes leurs richesses naturelles, comme la pierre de jade, « la plus pure que l’on trouve dans le pays », selon les dires de Mohammed Slim, qui en guise de preuve, nous en a glissé un fragment dans le sac. L’ambre, l’or, font aussi partie de ce que cette sorte d’enclave difficilement contrôlable, possède de meilleur. « Ce n’est qu’une ethnie parmi les 137 que compte le pays, rappelle le natif de Mandalay.Ils ne peuvent plus pratiquer le cannibalisme, sont soumis à des règles de chasse, mais dans leur jungle profonde, qui sait ce qu’il s’y passe. » Une part de mystère qui entretient le mythe.

 

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