Phnom Penh : les Khmers, la France, l’histoire

Nous avons principalement retenu, de la capitale cambodgienne, l’influence bien de chez nous découlant du protectorat français de près d’un siècle. L’histoire des Khmers et de l’extermination massive du peuple au mitan des années 70, nous a aussi marqué au fer rouge

Il faut le voir pour le croire. Ou plutôt y pénétrer pour ressentir cette atmosphère si particulière. Ce silence de mort, cette odeur de sang. Car de l’extérieur, le camp S-21 de Phnom Penh ne paye pas de mine. Ses allures d’immeuble désaffecté aux murs blancs écaillés surmontés de barbelés rouillés, ne laissent en rien préjuger des exactions qui s’y sont déroulées entre 1975 et 79. Quatre années durant lesquelles les Khmers Rouges ont fait régner une terreur incarnée par un génocide. Celui des élites de la société cambodgienne, exterminée dans l’une des 200 prisons de fortune construites ou réquisitionnées à la hâte pour « purifier » un pays censé se « renouveler » grâce à sa « base ».


L’une des salles du bâtiment A, destinée aux interrogatoires

Un quart de la population khmère fut victime de ce massacre. 20 000 hommes femmes et enfants sont tombés sous les balles, les coups de fouets ou les électrochocs du régime de Pol Pot dans les couloirs d’S-21. Cet ancien lycée devenu camp de la mort, ou tout est resté figé, préservé, depuis que les libérateurs Vietnamiens y ont fait leur entrée, en 79, ne parvenant à sauver qu’une dizaine de rescapés.


Les tombes des dernières victimes d’S-21, dans la cour du camp

Qui gisaient sans doute dans l’une des salles du bâtiment A, où pieds et poings liés à l’armature de l’un des sommiers, les têtes pensantes du pays étaient interrogées, torturées ou mutilées rien que pour n’avoir fait partie de l’élite (ingénieurs, docteurs, avocats,étudiants, écrivains, philosophes…). Le tout au sein d’une société traumatisée par les bombardements américains de la guerre d’Indochine.


Les photos des victimes

La suite de cette visite fît tout aussi froid dans le dos. Ces photos de victimes au visage émacié et à l’air terrorisé. Ces corps décharnés, ces mines déconfites, ces cadavres empilés. En termes de barbarie, S-21 n’a rien à envier à l’Allemagne nazie et aux heures les plus sombres de l’histoire. Ce que les anciennes salles de classe, divisées en 10 ou 12 cellules d’un peu plus d’un mètre carré par des murs de briques, ont eu tendance à nous rappeler. A l’intérieur de chacune d’entre elles, des traces de sang, ainsi qu’une boite en métal, destinée à recueillir des excréments.


Les cellules individuelles du camp


L’autre couloir de la mort

Ossements, crânes et vêtements. C’est à peu près tout ce qu’il reste des victimes de cette extermination massive. Des reliques, pour que le monde se souvienne, et que l’humanité apprenne de ses erreurs.


Nos copains Clément et JB!

Le second point, sur lequel nous souhaitions nous épancher, est un poil plus gai. Et à trait à l’influence française au sein de la capitale cambodgienne, après un siècle de protectorat. Un lien toujours perceptible entre les deux pays, à en juger par l’importance de la communauté française à Phnom Penh. Clément, ancien rugbyman d’Angoulême installé au Cambodge pour y représenter la marque de champagne Duval-Leroy, nous a ainsi fait connaître son petit monde, unis, pour la plupart de ceux qui le compose, par les liens sacrés du rugby et du Phnom Penh Social Club. Une équipe d’expat’ majoritairement tricolore qui traîne le plus souvent ses guêtres dans les bars français et donc branchés du centre-ville.


Les locaux et les élèves de l’établissement « Pou un sourire d’enfant »

Il n’est pas non plus rare d’être surpris par la réponse d’un local dans un français impeccable. Parfois même agrémenté d’un accent Ch’ti ou Marseillais. Il faut savoir qu’un paquet de Cambodgiens a vécu en France, avant de rentrer au pays. L’influence hexagonale ne s’arrête pas là. Durant notre séjour, nous avait nos été amenés à rencontrer un sémillant restaurateur dacquois et son fils, ayant trouvé leur Eldorado sur les bords du Mékong. Mais également l’ONG « Pour un sourire d’enfant », la plus grande du pays fondée au milieu des années 90 par un couple de Français. Et qui aujourd’hui prend en charge la scolarité de 6000 élèves au cœur d’un établissement où différentes filières de formation succèdent à un cursus d’enseignement général.

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